11 février 2007

Histoire de l'IRA

1606
12 avril

Le Royaume-Uni adopte "l'Union Jack"


Le roi Jacques Ier, fils de Marie Stuart, instaure "L'Union Jack" comme drapeau officiel du royaume d'Ecosse et d'Angleterre. Il est composé des croix de Saint-Georges, patron de l'Angleterre, et de Saint-André, patron de l'Ecosse. La croix de Saint-Patrick sera rajoutée lorsque l'Irlande rejoindra le royaume en 1800.

1913

25 novembre

Formation de la milice Irlandaise des Irish Volunteers


La milice Irish Volunteers se forme en Irlande pour défendre le projet "Home Rule" destiné à accorder plus d’autonomie au pays vis-à-vis de la couronne d’Angleterre. Elle participera aux Pâques sanglantes en 1916 et se fondera en 1919 dans l’IRA.
Voir aussi : Histoire de l'IRA - Emeutes - Histoire des Coups d'Etat - Histoire du Royaume-Uni - Histoire de l'Irlande - Le 25 Novembre - Année 1913



1916

23 avril

L’insurrection irlandaise de Pâques


1 200 membres des Irish Volunteers, une armée irlandaise clandestine luttant pour l'autonomie de l'Irlande, se révoltent le lundi de Pâques et investissent les places et les monuments Dublin. Les Anglais envoient 20 000 soldats et soumettent la ville au feu de leur artillerie. 60 insurgés et 150 soldats anglais trouveront la mort. En 1919, les Irish Volunteers s'incorporeront dans l'Irish Republican Army (IRA).



1919

21 janvier

La fondation de l'IRA


Liée au Sinn Fein, l’Armée républicaine irlandaise naît dans le contexte de la guerre civile d’indépendance en Irlande. Elle mène des actions violentes contre les britanniques afin de les obliger à rendre une autonomie totale au pays. Lorsque l’indépendance de l’Irlande sera décrétée, l’organisation s’amoindrira. Elle reprendra toutefois les armes pour combattre en faveur des Catholiques d’Irlande du Nord et pour la réunification de l’île.



1920

20 novembre

Michael Collins exécute des britanniques


À la tête de l’IRA, Michael Collins fait exécuter quatorze agents britanniques. Les représailles seront particulièrement violentes, coûtant la vie à plusieurs dizaines de spectateurs innocents venus assister à un match de football. La grève de la faim qu’entamera Terence Mac Swingey, maire de Cork emprisonné le mois précédent, ne rétablira pas la paix et aboutira à sa mort. Le cercle vicieux de la violence se forme et rongera le pays durant de nombreuses années.



1922

22 août

Assasinat de Michael Collins


Le président du gouvernement provisoire de l'Etat libre d'Irlande, Michael Collins, est tué dans une embuscade tendue par l'Armée républicaine irlandaise (IRA). Quelques mois plus tôt, le traité de Londres avait officialisé la partition de l'Irlande : 6 comtés (Ulster) demeuraient dans le Royaume-uni, tandis que les 26 autres formaient l'Etat libre d'Irlande. Mais, la majorité de l'IRA étant opposée au traité, la guerre civile éclata.



1939

28 juillet

La Grande-Bretagne réplique à l’IRA


La Grande-Bretagne adopte une loi visant à justifier juridiquement sa lutte contre les membres actifs de l’Armée républicaine irlandaise. Cet événement suit de près l’ultimatum qu’avait envoyé l’organisation à l’Angleterre quelques mois plus tôt. Elle exigeait alors le ralliement immédiat de l’Ulster au gouvernement irlandais. Les Britanniques ne cédèrent en aucun point, ce qui provoqua de nombreux attentats dont beaucoup visèrent Londres.



1949

18 avril

Proclamation de la République d'Irlande


L'Irlande rompt son lien avec le Commonwealth britannique et proclame la République d'Irlande ou Eire. Les 2 principaux partis politiques de la nouvelle république sont le Fianna Fáil et le Fine Gael, tous 2 conservateurs. Depuis 1969, la République d'Irlande est confrontée au problème de l’Irlande du Nord ou Ulster: traditionnellement favorable aux revendications des catholiques de Belfast pour la réunification de l’Irlande, elle ne peut approuver les actions terroristes de l’IRA.



1970

L'IRA se divise


Très violentes, les méthodes employées par l’IRA ne font pas l’unanimité parmi les membres de l’organisation. Cette dernière se divise donc en deux entités politiques, l’une terroriste, et l’autre non-violente. La première se surnomme l’ « IRA provisoire », tandis que la seconde prend la dénomination d’ « IRA officielle ».



1972

30 janvier

Bloody Sunday en Irlande du Nord


Au cours d'une émeute à Derry, en Irlande du Nord, treize civils sont abattus par des parachutistes de l'armée britannique. En réponse, le 22 février, l'Armée républicaine irlandaise (IRA) fera exploser le mess des officiers parachutistes d'Aldershot en Angleterre, provoquant la mort de six civils et d'un militaire.



1974

juillet

L’IRA « provisoire » est interdite


Le gouvernement britannique déclare l’IRA « provisoire » officiellement illégale. Depuis des années, elle organise des attentats terroristes aussi bien en Irlande, en Ulster, qu’en Angleterre. L’organisation n’est pas particulièrement affectée par cette déclaration et poursuivra ses actes de violences.



1979

27 août

Mountbatten assassiné par l'IRA


L'amiral britannique Mountbatten et deux autres personnes sont mortes dans l'explosion du bateau de pêche "Shadow V", au large de Mullaghmore (Irlande). Mountbatten, cousin de la reine Elisabeth II, était devenu un héros national lors de la guerre en Birmanie. L'attentat a été perpétré par l'Irish Republican Army (IRA), une organisation nationaliste irlandaise, créée en 1919, qui lutte contre la présence britannique en Irlande.



1981

5 mai

Mort des militants de l'IRA en grève de la faim


Bobby Sands, 27 ans, meurt dans sa cellule de Long Kesh (Irlande du Nord) après 66 jours de grève de la faim pour obtenir le statut de prisonnier politique. Il fait parti des 10 prisonniers, militants de l'Irish Republican Army (IRA), grévistes de la faim, qui mourront entre le 5 mai et le 20 août. 100 000 personnes assisteront à ses funérailles et de violentes émeutes éclateront en Irlande du Nord. Le gouvernement de Margaret Thatcher finira par satisfaire les revendications des prisonniers.



1994

30 août

Cessez-le-feu de l’IRA


Depuis des années, les membres des gouvernements britannique et irlandais tentent de trouver une solution aux conflits de l’Irlande du Nord. Un premier espoir apparaît enfin lorsque l’IRA annonce un cessez-le-feu sans limitation dans le temps. Suite à cette déclaration, les troupes extrémistes protestantes suspenderont également leurs activités armées. Toutefois, L'IRA organisera de nouveaux attentats à peine deux années plus tard.



1995

22 février

Les prémices d’un processus de paix en Irlande du Nord


John Bruton et John Major mettent au point un accord anglo-irlandais susceptible d’améliorer la situation en Irlande du Nord. Cette rencontre émane d’un processus de paix déjà engagé l’année précédente entre Albert Reynolds et Major. Les deux hommes politiques acceptaient alors la participation du Sinn Fein aux négociations si l’IRA renonçait aux armes.



1998

10 avril

Signature des accords pour la paix en Irlande du Nord


Les négociations entre les dirigeants britanniques, irlandais, le Sinn Fein et le parti protestant de David Trimble aboutissent à l’accord de Stormont. Ce dernier préconise une administration quasi-commune des deux Irlandes dans certains domaines, la mise en place d’un gouvernement semi-autonome en Ulster ainsi qu’un vote démocratique de la population de l’Irlande du Nord au sujet de la position politique de l’Ulster. L’IRA est plutôt favorable à ces compromis mais le processus engagé s’avèrera long et périlleux.



2002

14 octobre

La suspension du gouvernement d’Irlande du Nord


Le gouvernement britannique reprend le contrôle des institutions d’Irlande du Nord. Le gouvernement semi-autonome du territoire, dirigé par David Trimble, fut instauré en 1999, suite à l'accord de Stormont. Lorsque des membres du Sinn Féin sont accusés d’espionnage pour le compte de l’IRA, la réaction londonienne est immédiate et sans appel.



2005

28 juillet

L’IRA dépose les armes


L’IRA déclare qu’elle n’usera plus des armes pour atteindre ses objectifs politiques d’unification du pays. Elle préfère suivre la voie démocratique par le biais de sa branche du Sinn Fein. La destruction définitive de son arsenal tarde toutefois à s’accomplir.

Bloody Sunday, où, Le Monde Changea De Face En Irlande Du Nord

Le 30 janvier 1972, à Derry en Irlande du Nord. Le député local Ivan Cooper prépare la grande marche pacifique qui doit rassembler le mouvement pour les droits civiques et, de ce fait, tous les catholiques de la ville. Entre les jeunes qui lanceraient bien quelques pierres sur les soldats anglais et l’IRA qui prône le recours à la force, pas évident d’éviter les débordements. Et l’histoire étant connue car authentique, la manifestation va se terminer dans l’horreur lorsque les officiers de sa gracieuse majesté vont tirer à balles réelles sur des civils.

Pourtant tout commença très bien. La manifestation pacifique part du bourg, direction l'hotel de ville. Mais arrivé à proximité de l'hotel de Ville, le convoie, dirigé par Ivan Cooper, refuse de s'opposer au militaire britanique, et décide de changer de direction. Mais un petit groupe se détache, et va affronter les militaire. jusqu'à ce que les para-britanique tire à balles réélle sur les manifestants. Et là, c'est le début du drame. Les militaires sortent et tirent sur tout le monde, pour objectif, d'arrêter 500 personnes, et la présence de l'IRA. Précense qui est aujourd'hui non confirmé par le chef de l'IRA, "J’ai parlé avec le commandement et tous les volontaires de service actif ce jour-là, et j’ai relayé la décision prise par l’officier commandant (de l’IRA)", a déclaré M. McGuinness, commandant en second de l’IRA à Londonderry à cette époque. Le compte-rendu doit être rendu en 2004.

Le paradoxe pour l'armée Britanique, c'est qu'aucunes armes ont été retrouver se jour là, sur les 14 corps des innocents morts et des des 13 blessés.

Aujourd'hui encore, aucunes lumières n'aient venu nous éclairer pour comprendre pourquoi l'armée a telle fait un bain de sang ce dimanche 30 Janvier 1972. 32 ans après, malheureusement, cette évènement est de moin en moins connu, comble pour LA catastrophe la plus grave lors des troubles en Irlande. Cette guerre qui opose toujours l'IRA aux britaniques, aurait fait 3000 morts.

Le 30 octobre 2002, Paul Greengrass réalise un film sur cet évènement. Oscarisé d'un Ours d'Or, ce film raconte cette tragédie sous la forme d'un documentaire, caméra à la main. Nous retrouvons les prémices du débordements, en écoutant les militaires parler. Ce très beau film est a voir au moin une fois dans sa vie. pour connaître une partie du conflit en Irlande du Nord, mais aussi, pour voire la barbarie de l'époque.

Combien de temps, combien de temps devrons-nous chanter cette chanson ?, ou plutôt, devrions nous pas dire, "Combien de temps, combien de temps avant que cette tragédie passe dans l'oublie", car même le 30 janvier, pas un seul petit reportage aux informations nationals, rien, que dire à part que c'est la honte.


SUNDAY BLOODY SUNDAY

I can't believe the news today
I can't close my eyes and make it go away
How long, how long must we sing this song ?
How long ? Tonight we can be as one
Broken bottles under children's feet
Bodies strewn across a dead end street
But I won't heed the battle call
It puts my back up, puts my back up against the wall

Sunday, bloody Sunday
Sunday, bloody Sunday

And the battle's just begun
There's many lost but tell me who has won
The trenches dug within our hearts
And mothers, children, brothers, sisters torn apart

Sunday, bloody Sunday
Sunday, bloody Sunday

How long, how long must we sing this song ?
How lona ? Tonight we can be as one
Tonight, tonight

Sunday, bloody Sunday
Sunday, bloody Svnday

Wipe the tears from your eyes
Wipe your tears away
Wipe your bloodshot eyes

Sunday, bloody Sunday
Sunday, bloody Sunday

And it's true we are immune
When fact is fiction and TV is reality
And today the millions cry
We eat and drink while tomorrow they die
The real battle just begun
To claim the victory Jesus won
On a Sunday, bloody Sunday
Sunday, bloody Sunday

DIMANCHE, DIMANCHE SANGLANT

Aujourd'hui je n'arrive pas à croire les informations
Je ne peux pas fermer les yeux pour que ça disparaisse
Combien de temps, combien de temps devrons-nous chanter cette chanson ?
Combien de temps ? Ce soir, nous pouvons être unis
Des bouteilles brisées sous des pieds d'enfants

Corps qui jonchent un cul-de-sac
Mais je ne tiendrai pas compte du cri de guerre
Je me retrouve le dos au mur, le dos au mur

Dimanche, dimanche sanglant
Dimanche, dimanche sanglant

Et la bataille vient juste de commencer
Beaucoup sont perdus mais dites-moi qui a gagné
Des tranchées sont creusées dans nos coeurs
Et des mères, des enfants, des frères et des soeurs déchirés

Dimanche, dimanche sanglant
Dimanche, dimanche sanglant

Combien de temps, combien de temps devrons-nous chanter cette chanson ?
Combien de temps ? Ce soir, nous pouvons être unis
Ce soir, ce soir

Dimanche, dimanche sanglant
Dimanche, dimanche sanglant

Sèche tes yeux
Essuie tes larmes
Essuie tes yeux injectés de sang

Dimanche, dimanche sanglant
Dimanche, dimanche sanglant

Et c'est vrai que nous sommes protégés
Quand les faits sont de la fiction et la télé la réalité
Et aujourd'hui des millions de gens pleurent
Nous mangeons et nous buvons tandis que demain ils mourront
La vraie bataille vient de commencer
Pour revendiquer la victoire remportée par Jésus
Un dimanche, un dimanche sanglant
Dimanche, dimanche sanglant



Voyage

LENDEMAINS DE GUERREQue vive Belfast-la-Neuve !

Après des années de conflit sanglant, la capitale nord-irlandaise reprend des couleurs. Des cafés s'installent dans d'anciennes zones de guerre, des quartiers entiers se métamorphosent et la prospérité est au rendez-vous.



Dans l'esprit de la plupart d'entre nous, la ville de Belfast est encore marquée par les décennies de conflit entre catholiques et protestants et les images de désolation qui ont accompagné ces années de plomb. Qui se douterait, par exemple, que les couches les plus aisées de la population ont un goût immodéré pour les champagnes les plus chers ? Dans une boutique de vins et spiritueux du sud de Belfast, la bouteille de dom-pérignon ne coûte pas moins de 75 livres [105 euros]. "Je n'arrive plus à satisfaire la demande", fait mine de se plaindre le gérant. "Les étagères sont littéralement dévalisées." Certains ont visiblement bien réussi malgré les "troubles", voire, dans certains cas, grâce à eux. Du côté du comté du Down, les rives sud du Belfast Lough sont émaillées de terrains de golf et de yacht-clubs. L'opulence est telle que ce quartier, à l'embouchure du fleuve Lagan, a été rebaptisé la Gold Coast, la rive dorée. Ici comme dans les plus beaux quartiers de Belfast, les maisons les plus cossues se négocient à près de 1 million de livres [1,5 million d'euros] et les BMW et les Mercedes sont monnaie courante. Dans l'enceinte même de la capitale, l'élégance du sud de Belfast a transformé Lisburn Road en terrain de jeu pour les femmes riches du quartier voisin de Malone. Bordée de belles boutiques de luxe, l'avenue a ostensiblement été colonisée par la haute bourgeoisie. Au déjeuner, ces dames sirotent des expressos, pignochent des paninis et taquinent des salades allégées. Les grandes marques sont de rigueur. "Ce qui frappe, ici, c'est la classe", fait remarquer un visiteur de passage. Nombre de ces élégantes rentrent tout juste d'une escapade en Afrique du Sud, et s'émerveillent encore de la modicité des prix de l'immobilier en ces terres australes, où elles envisagent d'ailleurs d'acquérir une maison. D'autres ne font que faire escale dans leur bonne ville de Belfast, entre deux séjours au soleil. L'autre bout de l'avenue, tout près du centre-ville, est investi par les étudiants. Contrairement à leurs aînés, qui dans les années 60 avaient traversé une brève phase contestataire, les étudiants d'aujourd'hui se sont détournés de la politique pour se concentrer sur leurs études et les loisirs. De jour, ils courent d'une salle de classe à une autre, et le soir, comme les résidents de la verte Malone, ils se retrouvent dans des petits coins du sud de Belfast, bien loin des foyers conflictuels de la capitale. Une préoccupation que semblent partager presque toutes les couches de la population. Il y a par exemple ce qu'on appelle ici le "syndrome de Belfast-Est", expression qui désigne le mode de vie des quartiers protestants, dans l'est de la ville. Sans être particulièrement aisés, ces habitants vivent à distance respectable - géographiquement et psychologiquement - des quartiers "à problèmes". Comme beaucoup de leurs compatriotes d'Irlande du Nord, ils parviennent également à échapper aux répercussions économiques des événements. Cette relative prospérité, ils la doivent en bonne partie aux milliards de livres que les gouvernements britanniques successifs se sont employés à injecter année après année dans les rouages économiques locaux. Londres a toujours été, en effet, persuadé qu'il n'y avait d'autre choix que de maintenir même artificiellement une économie dévastée par la violence. Ces subventions ont alimenté la neutralité bienveillante de nombreux protestants des quartiers est, qui sont peu à peu devenus les citadins les moins politisés. Ils sont, par exemple, des milliers à n'avoir jamais mis les pieds dans l'ouest de Belfast, dans les quartiers catholiques. De plus, la manne venue de Londres a quelque peu atténué les effets de la disparition de ce qui a toujours fait l'orgueil de "Belfast-Est" : les gigantesques chantiers navals, où ne planent plus aujourd'hui que les fantômes du passé. Le dock dans lequel a été construit le Titanic est aujourd'hui un méchant terrain vague, envahi par les mauvaises herbes, les flaques d'eau et les cabanes à outils rongées par la rouille. Par une journée pluvieuse et froide, je n'y ai croisé qu'une seule âme qui vive : une femme qui fumait sa cigarette à l'entrée de l'un des rares bâtiments encore occupés. L'industrie navale, qui à la grande époque employait des dizaines de milliers d'ouvriers, ne rassemble guère aujourd'hui plus de 200 personnes. C'est pourtant dans ces chantiers que les protestants d'ici se sont forgé leur image de travailleurs acharnés et farouchement indépendants. Mais, depuis des années, la conscience protestante et unioniste s'étiole irrémédiablement, et cette communauté a eu bien du mal à retrouver ses marques après avoir perdu une grande partie de son pouvoir économique et politique. Samson et Goliath, le nom de baptême des deux gigantesques grues jaunes qui jadis dominaient ces chantiers navals prospères, se dressent désormais au beau milieu d'un champ de ruines.

Elles continueront toutefois de faire partie intégrante du paysage urbain, car les autorités locales veulent les préserver et en faire les monuments symboliques de la grande époque industrielle. Les édiles espèrent faire de ce site un lieu aussi important pour l'avenir de la ville qu'il l'a été pour son histoire, et ont mis en place un important programme de modernisation de ce "quartier du Titanic" - car Belfast reste étrangement fière d'avoir construit le paquebot au sinistre destin. Aménager ces quelques hectares à l'abandon pour en faire une ville moderne promet certes d'être une tâche titanesque, précisément, mais le long du fleuve les promoteurs ont d'ores et déjà construit des immeubles futuristes sur d'autres lotissements, où certains appartements s'arrachent à près de 250 000 livres [348 000 euros]. Deux grands centres de loisirs ont déjà été bâtis : le Waterfront Hall et l'Odyssey Centre, où l'équipe locale de hockey sur glace, les Belfast Giants, attire la foule. Belfast-la-Neuve côtoie la vieille ville. Le Waterfront Hall, tout de verre et de métal étincelant, se trouve juste en face du palais de justice, encore aujourd'hui protégé par une enceinte ingénieusement conçue pour atténuer le souffle des bombes. Cette merveille technique n'a pas servi depuis des années, mais quelques incidents isolés viennent parfois rappeler aux habitants du quartier de sombres souvenirs. De l'autre côté du fleuve s'étire Short Strand, une enclave impénétrable qui fut en 2002 le théâtre de violents affrontements religieux. En 2003, des artistes ont profité d'un été d'accalmie pour monter une exposition sur cette frontière : les portraits de 40 écoliers de la ville, gravés sur une grande plaque métallique, ont été agencés pour former le mot "hope" [espoir]. Au même moment, des couvreurs installaient des tuiles ignifugées sur les maisons de la ligne de démarcation, au cas où les espoirs des enfants ne seraient pas réalisés. Belfast étant ce qu'elle est, les idéalistes cohabitent donc toujours avec des esprits plus circonspects. La plupart des enfants de Belfast fréquentent encore des écoles séparées, mais ils sont tout de même 5 % à être scolarisés dans des établissements mixtes, dont certains ont pris racine dans les quartiers les plus difficiles. D'autres initiatives intercommunautaires fleurissent dans toute la ville, mais passent largement inaperçues. Quelques signes, mineurs mais significatifs, témoignent d'une évolution des mentalités : on a ainsi vu récemment deux agents de police patrouiller devant l'Europa, qui fut jadis l'hôtel le plus bombardé d'Europe. Ce qui rendait ce spectacle exceptionnel était le moyen de locomotion de ladite patrouille : le vélo. Une décontraction que l'on n'avait plus vue au sein des forces de police depuis des dizaines d'années. Il y a peu encore, la police ne se déplaçait qu'en fourgon blindé, à l'épreuve des balles et des bombes. Nos deux hirondelles portaient, certes, un revolver à la ceinture - l'idéalisme étant une fois de plus sagement mâtinée de circonspection -, mais, conformément à la nouvelle politique de détente, le gilet pare-balles avait disparu. Dans les années 60, l'hôtel Europa était en pleine zone de guerre. Aujourd'hui, il abrite un restaurant chic et est entouré d'immeubles de bureaux modernes et chatoyants. Quelques routards s'aventurent parfois jusqu'ici pour s'entre-photographier devant l'entrée de l'hôtel. Sans doute doivent-ils scruter la façade à la recherche de la moindre trace d'éclat d'obus. Peine perdue. Mais d'autres quartiers de la ville demeurent moins avenants. Il y a dans la partie nord de Belfast de nombreux îlots miteux, qui sont secoués pratiquement au quotidien par d'âpres affrontements religieux. Autour de la ville de banlieue de Carnmoney, les loyalistes, qui refusent de voir s'installer de plus en plus de catholiques, ont récemment incendié l'église catholique locale. Ils sont, de plus, responsables de dizaines d'attaques contre des maisons particulières et même de quelques assassinats. Du côté d'Antrim Road, qui rejoint le centre-ville, les autorités se demandent comment sauver le quartier délabré de Shankill, bastion de la ligne dure du loyalisme. Les chiffres révèlent sans complaisance l'ampleur du problème créé par le double fléau de la misère et des organisations paramilitaires. Près de 80 % des chefs de famille et 60 % des jeunes de moins de vingt-quatre ans n'ont aucun diplôme. Ici, on ne boit pas de dom-pérignon et nombreux sont ceux qui se droguent. Ce quartier n'a touché aucun dividende de la paix - au contraire, en fait, puisque depuis quelques années les chefs des organisations paramilitaires se sont rabattus sur ces fiefs, où ils se livrent au trafic de drogue, s'entre-tuent et contraignent des centaines de familles à quitter leur foyer. A la morosité du Shankill protestant fait vite place l'énergie bouillonnante du quartier catholique de Falls, résolument tourné vers l'avenir. Cela transparaît dans les fresques murales, qui offrent un aperçu de l'état d'esprit prévalant ici. "Les fresques républicaines ont radicalement évolué", explique Bill Roston, journaliste qui connaît bien l'Irlande du Nord. "Les fusils s'y font plus rares, sauf lorsqu'elles sont réalisées à la mémoire des morts républicains. Mais, comme chacun le sait, on dresse toujours des monuments aux morts lorsqu'une guerre est finie." Les républicains ont laissé les "troubles" derrière eux pour s'engager dans de nouvelles activités, à commencer par la politique. L'exemple de Paul Butler est éloquent : ce candidat du Sinn Féin aux élections provinciales du 26 novembre dernier se bat pour reconvertir en musée la prison désaffectée de Maze [près de Lisburn], où lui-même a passé quinze ans derrière les barreaux, pour le meurtre d'un policier. "Je veux que mes enfants puissent la visiter et tirer la leçon des erreurs du passé. C'est une autre façon de tourner la page sur tout ce conflit", estime-t-il.


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